Contrairement à une idée reçue, la salariée portée n'est pas une travailleuse indépendante : elle signe un contrat de travail avec sa société de portage et cotise au régime général. Elle a donc droit au congé maternité et aux indemnités journalières (IJ) de la Sécurité sociale, sous conditions. Mais le mode de rémunération, souvent variable, rend le calcul du salaire de référence particulier. Voici ce qu'il faut comprendre pour anticiper sereinement votre congé.
Le statut de salariée portée ouvre les mêmes droits qu'un CDI classique
En portage salarial, vous êtes titulaire d'un contrat de travail (CDI ou CDD) avec l'entreprise de portage. À ce titre, vous relevez du régime général de la Sécurité sociale et l'entreprise verse pour vous les cotisations sociales, dont l'assurance maladie-maternité. C'est ce qui distingue le portage du statut de micro-entrepreneur ou de gérant, où les droits maternité sont gérés par un régime spécifique et souvent moins protecteur.
Concrètement, votre congé maternité et vos indemnités journalières sont pris en charge par l'Assurance maladie (CPAM), exactement comme pour toute salariée. La convention collective du portage salarial (IDCC 3219) encadre par ailleurs la relation de travail et peut prévoir des dispositions complémentaires selon votre société de portage.
La durée du congé maternité
La durée légale du congé maternité en portage est identique à celle de tout salarié, car elle relève du Code du travail et de la Sécurité sociale. Elle se compose d'un congé prénatal et d'un congé postnatal, et varie selon le nombre d'enfants attendus et le nombre d'enfants déjà à charge.
- Pour un premier ou deuxième enfant : 16 semaines au total (6 avant, 10 après l'accouchement).
- À partir du troisième enfant : 26 semaines.
- En cas de jumeaux : 34 semaines ; pour des triplés ou plus : 46 semaines.
Ces durées sont détaillées sur service-public.fr et sur ameli.fr. Le congé maternité est obligatoire pour une partie de sa durée.
Les conditions pour percevoir les indemnités journalières
Pour toucher les IJ maternité, il faut remplir des conditions d'ouverture de droits fixées par l'Assurance maladie. Elles portent notamment sur une durée d'affiliation minimale et sur un volume d'activité ou de cotisations. C'est ici que le portage demande de l'attention : si vous venez de démarrer votre activité en portage ou si vos missions ont été discontinues, vous devez vérifier que vous atteignez les seuils exigés.
Les conditions générales, à vérifier auprès de votre CPAM et sur ameli.fr, reposent en principe sur :
- une durée d'immatriculation suffisante au régime de Sécurité sociale à la date présumée de l'accouchement ;
- un nombre d'heures travaillées ou un montant de cotisations sur une période de référence.
Le portage salarial suppose des périodes d'activité parfois irrégulières entre deux missions. Si vous connaissez des mois sans facturation, votre salaire versé peut chuter, ce qui affecte à la fois l'ouverture des droits et le montant des IJ. Anticipez votre congé plusieurs mois à l'avance et demandez une attestation de salaire à votre société de portage.
Le salaire de référence : le cœur du calcul en portage
Le montant de vos indemnités journalières maternité dépend d'un salaire journalier de base, calculé à partir de vos salaires bruts des mois précédant le congé. En portage, votre salaire brut correspond à ce que la société de portage vous verse après déduction des frais de gestion et des charges patronales sur votre chiffre d'affaires facturé.
Comment est déterminé le salaire de référence
L'Assurance maladie calcule un salaire journalier de base à partir des salaires bruts soumis à cotisations perçus au cours d'une période de référence précédant le congé (en général les trois derniers mois, ou douze mois en cas d'activité saisonnière ou discontinue). Ce salaire est retenu dans la limite du plafond mensuel de la Sécurité sociale (PMSS), puis divisé pour obtenir un montant journalier.
Le point clé en portage : seul le salaire réellement déclaré compte. Les sommes que vous laissez en réserve, converties en primes ou lissées, ne produisent leurs effets qu'une fois versées en salaire brut soumis à cotisations. Une politique de lissage de la rémunération peut donc jouer en votre faveur pour stabiliser le salaire de référence.
Le rôle du lissage de rémunération
De nombreuses sociétés de portage proposent de lisser votre salaire sur l'année, en constituant une réserve financière lors des bons mois pour maintenir un salaire régulier lors des mois creux. Ce mécanisme est particulièrement utile avant un congé maternité : il évite qu'un ou deux mois sans mission ne fassent chuter votre salaire de référence, et donc vos IJ.
Ce que le congé maternité change concrètement pour vous
Pendant le congé, vous ne facturez pas de missions mais vous percevez les IJ versées par la CPAM. Votre contrat de travail est suspendu, pas rompu. Certaines conventions ou sociétés de portage prévoient un maintien de salaire ou un complément, mais ce n'est pas systématique : vérifiez votre contrat et les dispositions de la convention collective.
Points à anticiper :
- Prévenir votre société de portage et transmettre les justificatifs médicaux dans les délais.
- Vérifier l'attestation de salaire envoyée par la société de portage à la CPAM.
- Anticiper la trésorerie personnelle : le versement des IJ peut prendre quelques semaines après le début du congé.
- Se renseigner sur une éventuelle prévoyance complémentaire proposée par la société de portage.
Congé maternité et fin de mission
Si votre mission se termine pendant votre grossesse, votre contrat de portage peut prendre fin, mais vos droits à l'assurance maternité peuvent être maintenus sous certaines conditions (maintien de droits, période de référence antérieure). Le fait d'avoir été affiliée au régime général avant le congé reste déterminant. En cas de doute, contactez directement votre CPAM, qui statue sur votre situation individuelle.
Ne confondez pas indemnités journalières maternité et indemnisation chômage. Entre deux missions, vous pouvez, sous conditions, relever de l'assurance chômage grâce à votre statut de salariée. Ces droits sont distincts de ceux liés à la maternité.
Nos conseils pratiques pour bien préparer votre congé
- Planifiez : idéalement, sécurisez des missions régulières dans les mois qui précèdent pour maintenir un salaire de référence stable.
- Utilisez le lissage de rémunération si votre société de portage le propose.
- Demandez à votre société de portage une simulation de votre salaire brut et vérifiez l'impact des frais de gestion sur votre base de calcul.
- Rapprochez-vous de votre CPAM pour valider vos conditions d'ouverture de droits avant le début du congé.
- Vérifiez l'existence d'une prévoyance ou d'un complément conventionnel.
Pour estimer votre salaire brut mensuel — la donnée qui conditionne vos futures IJ — utilisez notre simulateur : il vous aide à visualiser l'effet de votre TJM et de vos frais de gestion sur votre rémunération déclarée.
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