La question revient sans cesse chez les consultants qui se lancent : faut-il choisir le portage salarial ou créer une EURL pour garder le plus d'argent possible ? La réponse n'est jamais universelle. Elle dépend de votre chiffre d'affaires, de vos charges, de votre besoin de protection sociale et de votre tolérance à la gestion administrative. Décryptons méthodiquement les deux modèles pour éclairer votre décision.

Deux logiques radicalement différentes

Le portage salarial et l'EURL ne se comparent pas comme deux régimes fiscaux équivalents. Ils reposent sur des mécanismes juridiques distincts qui influencent directement le net en poche.

En portage salarial, vous êtes salarié d'une société de portage. Votre chiffre d'affaires facturé au client se transforme en salaire après déduction des frais de gestion et des cotisations sociales salariales et patronales. Vous relevez du régime général de la Sécurité sociale, comme n'importe quel salarié (source : convention collective de branche des salariés en portage salarial du 22 mars 2017).

En EURL (Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée), vous êtes gérant associé unique. Selon votre option fiscale (impôt sur le revenu ou impôt sur les sociétés), vous vous rémunérez sous forme de rémunération de gérant et/ou de dividendes. Vous relevez en principe du régime des travailleurs non-salariés (TNS), avec des cotisations gérées par l'URSSAF.

Le poids des charges : ce qui grignote votre CA

Côté portage salarial

Trois postes réduisent votre chiffre d'affaires avant d'arriver au net :

  • Les frais de gestion de la société de portage, généralement compris entre 5 % et 10 % du CA HT selon les acteurs du marché ;
  • Les cotisations patronales, prélevées sur le montant après frais de gestion ;
  • Les cotisations salariales, prélevées sur le salaire brut.

De manière générale, le net perçu en portage se situe souvent autour de 45 % à 55 % du chiffre d'affaires HT, une fois toutes les cotisations et frais déduits. Ce ratio varie selon les frais professionnels remboursables et le taux de frais de gestion négocié.

Côté EURL

Le niveau de charges dépend fortement de l'option fiscale :

  • À l'IR (impôt sur le revenu), l'ensemble du bénéfice est soumis à cotisations TNS et à l'impôt sur le revenu, que vous vous versiez ou non de l'argent.
  • À l'IS (impôt sur les sociétés), vous pouvez piloter votre rémunération et arbitrer entre salaire de gérant et dividendes, ce qui offre une optimisation plus fine.

Les cotisations TNS sont réputées moins élevées que les cotisations du régime général pour un même revenu, mais elles ouvrent aussi des droits sociaux plus limités.

5–10 %
Frais de gestion moyens en portage
~45–55 %
Net estimé du CA HT en portage
IS ou IR
Options fiscales possibles en EURL

La protection sociale : un critère souvent sous-estimé

Comparer uniquement le net immédiat est une erreur fréquente. La qualité de la couverture sociale a une valeur réelle.

Portage salarial : le confort du régime général

Le salarié porté bénéficie de la même protection qu'un salarié classique :

  • Cotisation à l'assurance chômage, avec ouverture de droits au chômage en fin de mission (sous conditions, source : France Travail) ;
  • Meilleure prise en charge des indemnités journalières maladie et de la retraite du régime général ;
  • Cotisation à une mutuelle d'entreprise et à la prévoyance selon la convention collective.

EURL : une couverture à construire

Le gérant TNS ne cotise pas à l'assurance chômage : aucun droit ouvert en cas d'arrêt d'activité, sauf souscription volontaire à une assurance privée. La couverture maladie et retraite est celle des indépendants, généralement moins protectrice à cotisation équivalente. Il est souvent nécessaire de souscrire une prévoyance et une retraite complémentaire (contrat Madelin ou PER) pour compenser.

Ne raisonnez jamais uniquement sur le net immédiat. En EURL, le gain apparent peut être annulé par l'absence de droits au chômage et le coût des assurances privées nécessaires pour atteindre une couverture équivalente à celle d'un salarié porté.

Quel modèle optimise réellement le net ?

Les cas où le portage est souvent pertinent

  • Vous démarrez votre activité et voulez tester sans créer de structure ;
  • Vous facturez un CA modéré ou irrégulier et n'avez pas envie de gérer une comptabilité ;
  • Vous tenez à conserver vos droits au chômage et une protection sociale solide ;
  • Vous avez peu de frais professionnels et beaucoup de temps facturé.

Les cas où l'EURL peut prendre l'avantage

  • Votre chiffre d'affaires est élevé et régulier ;
  • Vous maîtrisez ou déléguez la gestion administrative et comptable ;
  • Vous pouvez arbitrer rémunération et dividendes à l'IS pour lisser la pression sociale ;
  • Vous acceptez de financer vous-même votre prévoyance et votre retraite.

Concrètement, plus le chiffre d'affaires monte, plus l'EURL à l'IS tend à optimiser le net disponible, car les frais de gestion du portage sont proportionnels et deviennent significatifs en valeur absolue. À l'inverse, sur des revenus intermédiaires ou irréguliers, le portage compense par la sécurité et l'absence de coûts fixes de structure.

Ne pas oublier les coûts et contraintes de l'EURL

L'EURL implique des obligations et des dépenses que le portage prend en charge :

  • Frais de création (annonce légale, immatriculation) et frais annuels d'expert-comptable ;
  • Tenue d'une comptabilité, dépôt des comptes, déclarations fiscales et sociales ;
  • Cotisation Foncière des Entreprises (CFE) et éventuellement TVA à gérer ;
  • Responsabilité de gérant et gestion de la trésorerie.

Ces coûts fixes réduisent l'avantage net de l'EURL sur les faibles volumes d'activité. En portage, ces fonctions sont mutualisées et incluses dans les frais de gestion.

La méthode pour trancher sans se tromper

Avant de choisir, procédez par étapes :

  • Estimez votre CA annuel réaliste et sa régularité ;
  • Chiffrez vos frais professionnels déductibles ;
  • Valorisez votre besoin de protection sociale (chômage, retraite, prévoyance) ;
  • Comparez le net après charges dans les deux scénarios, à couverture équivalente ;
  • Intégrez le temps et le coût de gestion administrative.

Pour une comparaison fiable, il est recommandé de simuler votre situation précise et, si besoin, de consulter un expert-comptable. Les sources officielles (service-public.fr, URSSAF) permettent de vérifier les règles applicables selon votre régime.

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